PRIX DE L’ENGAGEMENT COMMUNAUTAIRE DE LA SSJB
Article de Jonathan Custeau
La Tribune
Le lundi 29 janvier 2007
Parce que la pauvreté touche tout le monde. Parce qu’Estrie Aide donne sans rien attendre en retour. Parce que l’organisme vient au secours de centaines de démunis chaque mois, Normand Groleau, directeur chez Estrie Aide, s’est vu décerner le prix Imelda-Lefebvre de la Société Saint-Jean-Baptiste pour son engagement communautaire. Pour ses 60 ans. Et il promet de tenir les rênes encore bien longtemps.
Normand Groleau a vu la misère. L’a vécue, aussi. Et son curriculum vitae le prédestinait à venir en aide à son prochain. Tout-petit, il a vu son père lancer la campagne des jouets de Noël des pompiers, à Sherbrooke… et à Coaticook quelques années plus tard.”C’est le prolongement de ce dans quoi j’ai été élevé. Mon éducation dans un poste de police m’a montré les bons et les mauvais côtés de la vie. Mon père, qui était chef de police, a vu des gars arriver saouls au poste. Ils avaient dépensé tout leur argent. Alors il arrivait que mon père fasse des épiceries pour leur famille.”
Le jeune Normand Groleau a côtoyé des jeunes défavorisés tout au long de son enfance, puisque son domicile faisait figure de foyer d’accueil.”C’est peut-être plus facile pour moi aujourd’hui de voir la misère que pour quelqu’un qui n’aurait jamais vécu ça.” Mais les frigos vides, les portefeuilles sans le sou et les fins de mois difficiles allaient perdurer. “Il m’arrivait de payer pour travailler, parce que j’aimais ce que je faisais. Quand j’étais photographe, j’en ai arraché. Ce n’était pas facile et il n’y avait personne pour m’aider.”Voilà. Quelqu’un pour aider. C’est ce qu’il a cherché à accomplir en s’engageant auprès d’Estrie Aide, autrefois connu sous le nom “Arthur et son oeuvre”. “Arthur Laforest est venu m’aider. J’ai embarqué avec lui, parce que j’ai senti que les gens viendraient à moi pour chercher secours. Le succès que nous avons eu n’était pas vraiment prévu.”
Celui qui a travaillé à La Tribune, à Télé-7 et à CJRS Radio, entre autres, a connu un million de personnes par l’intermédiaire de ces boulots. “Un million de personnes qui m’aident aujourd’hui.” |

Normand Groleau
Imacom, Jocelyn Riendeau
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“Je croyais au recyclage et à la récupération des biens plutôt que des les envoyer au centre d’enfouissement.” Une formule qui semble avoir fait ses preuves avec une distribution de meubles d’une valeur de 200 000 à 300 000 $ chaque année, et un local d’un volume de 26 000 pieds cubes pour entreposer tous les biens recueillis. Depuis dix ans directeur général d’Estrie Aide, M. Groleau éprouve toujours la même joie à voir des gens se sortir du pétrin. “Ça me réconforte de voir qu’on peut leur donner un coup de main presque instantanément. Ma paye, c’est de voir le sourire des gens.”
“Je prends des vacances souvent. Parce que ce n’est pas facile. Plusieurs arrivent en pleurant et nous sommes leur bouée de sauvetage. J’en connais même qui se sont suicidés. Qui ont abandonné. Ça prend une très grande sensibilité pour effectuer ce travail, mais aussi un grand dégagement, parce que ce n’est pas notre problème à nous…” Pour toutes ces raisons, et parce que le mot aide définit Normand Groleau, la Société Saint-Jean-Baptiste a choisi de lui remettre son prix de l’engagement communautaire, hier au Faubourg Mena’Sen.
jonathan.custeau@latribune.qc.ca